Nicole Albertini, la sculpture entre Corse et Champagne.

« Après l’écriture la sculpture est la manière dont  je me suis orientée au monde, ça a poussé en moi, petit à petit, jusqu’à ce que ça devienne une évidence. »

Sculpteuse auboise, Nicole Albertini  l’est devenue par « la force des choses », comme une vibration, un magnétisme. Ses œuvres en plâtre impressionnent par leur mouvement et leur énergie, presque spectrale. Évoquant parfois des formes figuratives à travers des drapés, des éléments marins, ou des visages,  ses sculptures semblent viscéralement danser entre ombre et lumière, faisant résonner le vide par la matière, comme un devoir de mémoire, une interprétation contemporaine du patrimoine, et du terroir, quasi mystique.

Arrivée très jeune à Troyes, la première révélation de N. A. a eu lieu dans les églises, à la rencontre de sculptures champenoises du XVIème siècle.

« Quand j’allais à la messe, j’étais surtout attirée par ces sculptures, elles avaient une puissance en soi qui me parlait et qui semblait m’adopter. C’était comme une force maternelle qui m’attirait et qui m’a bouleversée. Je n’ai pas ressenti tout de suite toute l’importance de ce patrimoine que je m’étais inconsciemment approprié. Il a fallu attendre 2009 et l’exposition Le Beau XVIe – Chefs-d’œuvre de la sculpture en Champagne à l’église Saint-Jean-au-marché, pour que je fasse le lien. J’étais fascinée sans savoir pourquoi, et j’y retournais, trois, quatre fois, jusqu’à je me dise que ça me faisait penser à mes sculptures, celles qui prenaient vie dans mon atelier, et que je fasse le lien avec celles qui m’avaient tant marquée enfant. »

Ma seconde révélation, ce fut en Corse, dans le village natal de mon père, Albertacce. J’ai été une nouvelle fois  fascinée, mais cette fois par la beauté de la découpe des montagnes, et par toute la mythologie qui leur était rapportée. Ces rochers légendaires, ces formes évocatrices, j’ai découvert une terre habitée, nourrie de l’amour et des croyances des hommes. Ça a littéralement fait monde pour moi. Plusieurs de mes sculptures sont basées sur des chants traditionnels corses, qui reviennent alors comme une obsession : le rythme de la sculpture rentre par ce chant, et il s’incarne. Mais cela implique de retrouver l’essence de traditions souvent oubliées : « Eramu in Campu » est par exemple un chant qui raconte la rencontre d’un chasseur et d’une divinité. « U caracolu », est venu d’une danse rituelle de deuil autour des morts, une danse de labyrinthe, une danse qui s’enroule, et qui relie les vivants et les morts.

Je prends souvent comme structure de départ une branche de lierre, qui est symboliquement liée à Dionysos, le dieu du vin et des excès, et qui représentait également dans le monde celtique un  lien entre le vivant et le mort. Dès que je commence à ajouter la matière, ça part et ça vient, les sculptures sont vivantes et font ce qu’elles veulent. Si elles tombent, c’est que je n’ai pas compris, elles prennent de toute façon leur position. Dès que j’essaie de maîtriser, je pense que je me trompe : il me faut laisser les mains libres pour leur permettre de s’exprimer.»

Avec déjà quelques reproductions en bronze, Nicole Albertini aimerait pouvoir sortir ses sculptures de la fragilité du plâtre pour pouvoir plus facilement exposer, partager ses œuvres, et les faire résonner.

Fabien Prost.

Exposition Le Beau XVIe – Chefs-d’œuvre de la sculpture en Champagne

Pont de Muricciolu, Albertacce.

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« After writing, sculpture is the way I turned myself to the world, that grew in me, little by little, until that becomes an obvious fact. »

Nicole Albertini became a Trojan sculptor by a magnetic call, as a vibration. Her plaster works impress by their movement and their energy, almost spectral. Sometimes evoking representational forms through drapes, sea elements, or faces, her sculptures seem to dance viscerally between shadow and light, making resound the space by the subject, as a duty of remembrance, a contemporary and almost mystic interpretation of the heritage and of the terroir.

The first revelation of N. I. took place when N. I. was a child, in Churches, on the meeting of XVIth century Champagne sculptures.

«When I went to the Mass, I was especially attracted by these sculptures, they had a power which spoke to me and seemed to adopt me. It was as the maternal strength which attracted me and which upset me strongly. I did not feel at once all the importance of these heritage that I had unconsciously appropriated. It was necessary to wait 2009 and the Trojan exhibition The Beautiful
XVIth – Masterpieces of the sculpture in Champagne, so that I make the link. I was fascinated without knowing why, and I returned to it, three, four times, until I said to myself that it reminded me… my sculptures, those which took life in my workshop, and I made the link with those who had so much marked me child.
My second revelation was made later then in Corsica, in the village of my father, Albertacce. I was fascinated this time by the beauty of the mountains cut, and by all the mythology which was inspired by them. These legendary rocks, these suggestive forms, I discovered an inhabited ground, fed by love and faiths of people. That literally made a new world for me. Several of my sculptures are based on Corsican traditional singings, which return to me as an obsession: the rhythm of the singing clocks the sculpture, and embodies itself. But it involves to search and to trace sometimes forgotten traditions:  » Eramu in Campu  » is for example a singing which tells the meeting of a hunter and a divinity. « U caracolu« , came from a ritual dance of mourning around the deceaceds, a dance of labyrinth, a dance which winds, and which connects live and death.

I often take as structure of departure a branch of ivy, which is symbolically connected to Dionysus, the god of the wine and the excesses, and who also represented in the Celtic world a link between the alive and the dead man. As soon as I begin to add the material, that leaves and that comes, sculptures are alive and make what they want. If they fall, it is because I did not understand, they take anyway their position. As soon as I try to master, I think that I am wrong; it is necessary to me to leave free my hands to allow them to express themselves. « 

With already some bronze reproductions, Nicole Albertini would like he could take out her sculptures of the fragility of the plaster to be more easily able to expose, share her works, and make them resound.

 

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