Camille Bazbaz, mélodies d’amour…

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Des couleurs, les chansons de Camille Bazbaz n’en manquent pas. Volontiers suaves, voire brulantes, ou parfois plus roucoulantes et mélancoliques, avec une richesse musicale qui n’a cessé de grandir au fil des années, ici on chante l’amour pour tout et contre tout. Entre le premier album en 1996, avec ses notes reggae-punk désinvoltes à souhait, et le délicieux Bazbaz Café sorti il y a tout juste un an, il y a tout un monde, celui d’un musicien incroyable qui s’est construit à grand coup d’ouverture d’esprit et de mélodies magiques, qui vit sa vie d’artiste à Troyes la moitié du temps, et que nous avons donc eu la chance de rencontrer !


T.C. Est-ce que la musique a toujours été une évidence pour toi ?

« Non, mais quand c’est apparu ça l’est devenu, vers 16-17 ans. C’est con ce que je vais te dire, mais c’est quand la frontière a été franchie entre écouter de la musique et en faire. Le jour où j’en ai fait avec des copains ça a été une évidence. »

T.C. C’était plutôt du rock à l’époque ?

« Ouais, mais nous on n’arrivait pas à définir ce qu’on faisait. Il y en avait un qui aimait Joy Division, moi j’aimais Bob Marley, un autre aimait Santana, un autre les Who, un autre Wheather Report… c’était n’importe quoi ! On avait surtout envie de déconner tous ensemble, et de mettre notre énergie de branleurs à quelque chose de constructif. Le reggae c’est la maison mère de la musique pour moi, mais je me suis mis à faire de la musique grâce au punk en fait, grâce aux Clash, aux Sex Pistols. C’est comme l’électro maintenant si tu veux, le punk ça vient des 70’s mais c’est encore un mot actuel, ça a toujours été la même chose… C’est pas parce que t’as pas fait de grandes études, que t’as pas appris la musique à l’école, que t’as pas le droit d’en faire. C’est pas parce que tu n’as pas fait les beaux-arts que tu ne peux pas faire de la photo, ou de la sculpture. D’ailleurs tu vois la plupart des zicos on est tous des autodidactes, en tout cas surtout ceux de maintenant. Je retrouve cette énergie kepon dans la techno et l’électro, plus que dans un revival rock. Rock c’est au sens noble, au sens « biblique », le rock est un vocabulaire et la vérité est dans la différence. Elle est dans ta différence. »

T.C. La différence qui est aussi dans ta musique avec toutes ses influences ?

« La différence elle est en nous tous, c’est la société qui essaye de tout lisser. Quand tu regardes l’imagination des enfants, la poésie naturelle des enfants, tous, toutes catégories confondues… on la perd en avançant dans la vie, et ça me rend triste. J’ai eu la chance de rencontrer la musique et les copains avec qui la faire. Je me suis dit alors que j’allais y mettre toute mon énergie de dernier de la classe, parce que je n’avais pas envie de rien foutre. Pour lutter contre l’ennui, d’où qu’il vienne, la musique m’a sauvé la vie. Comme pleins de musiciens bien sûr que j’écoute tous les styles, parce que la musique c’est une liberté, d’abord. C’est la liberté d’être différent, et pas clochard, on essaye d’éviter, mais c’est le risque à prendre. Ça veut dire qu’il faut travailler, même si j’en ai pas l’air, il faut être respectueux et sérieux avec le joujou avec lequel on fait joujou. Tu n’es pas employé, tu es ton propre patron, c’est toi qui doit te mettre au boulot parce que c’est ta fonction. Dans cette vie il n’y a pas de sot métier, musicien ce n’est pas mieux que charcutier, agriculteur, tout en gros, à part tueur à gage ! On a tous notre place sur cette planète, et moi la mienne elle est là. Je sais très bien après tout ce temps, que je ne me suis pas gouré. Et en même temps comme ça on peut se fendre la gueule et accessoirement plaire aux meufs ! »

 

 


T.C. Tes origines libanaises se retrouvent aussi dans tes influences ?

« Je suis oriental dans ma musique des fois, ouais, ouais… j’aime la musique orientale, et j’aime aussi Kraftwerk ! Je me sens aussi proche de Bill Withers en soul, Gregory Isaacs, en reggae… Tu vois le reggae je ne l’ai pas abordé par Bob Marley. J’ai compris le reggae par les badges que portaient les clashs ou les Sex Pistols sur leurs tenues des fois : j’ai vu une photo de Sid Vicious avec sur son t-shirt la croix gammée brisée et un badge L.K.J., et je me suis demandé à quoi ça correspondait. Il a fallu chercher dans les bacs, où il y avait 700 millions de vinyles, et un jour je tombe sur ces initiales… à l’époque je pensais que le reggae c’était de la « variette », et j’ai découvert le reggae sous un autre angle. Bob Marley ce n’était que la partie visible de l’iceberg, depuis ça a été déterré et on sait bien qu’il y a tant de grands chanteurs, autres que Bob Marley, même si j’ai fini par apprécier à mort. Il était édulcoré par rapport à la façon de faire de la musique des jamaïquains, tellement radicale. Il y a une façon radicale de l’amour, il n’y a pas de tralalas. C’est très dur à jouer, c’est comme une épure, comme un tableau de Miró… c’est tout bleu avec un trait rouge au mileu, et tu te dis c’est facile de faire un tableau de Miró, c’est un truc pour enfants, mais comme quand on devient adulte on perd notre enfance, on ne sait plus trouver cette harmonie bizarre qui t’échappe. Le reggae ça a l’air tout simple, donc c’est abordable, avec deux accords, une mélodie, mais après c’est vraiment dur à jouer pour que ce ne soit pas chiant… plus c’est simple, plus c’est dur de toute façon ! »

T.C. Et au niveau de la composition, ça se passe comment?

« C’est un équilibre, c’est simple et dur, c’est ma façon de vivre, une attitude générale. C’est ce qui me dirige, faire de la musique, écrire des chansons. Il n’y a pas de règle, c’est un jus, un moment, c’est subjectif, tu te dis c’est comme ça. C’est toujours douloureux et toujours joyeux aussi, la musique c’est des paradoxes exacerbés. C’est toujours du ludique de la joie, de la douleur et du travail. Ça m’est rarement arrivé de sortir une chanson comme ça, tout la mélodie, le texte, l’atmosphère. Avec le texte surtout, le texte fini, c’est ce qu’il y a de plus compliqué, parce que j’ai toujours écouté de la musique anglo-saxonne. »

T.C. Et tu as déjà pensé à chanter en anglais ?

« Je vis ici, je vous parle à vous mes copains, à vous mes copines, on se parle en français. Si j’étais né à Olan-Bator, je chanterais en mongol ! C’est ça qu’y est marrant, c’est ça qui est risqué, c’est ça qui est excitant. De se dire voilà, je vais raconter une histoire que tout le monde va comprendre. C’est conter et se raconter, les deux en même temps, et c’est là où il faut faire gaffe, t’es pas en psychanalyse. C’est ton histoire et celles des autres… et qu’on se marre, que ça reste léger si possible ! »

T.C. Tu composes aussi pour les autres, notamment pour des films ?

« Pierre Salvadori aimait mes chansons et est venu me trouver. Après au niveau de la composition, t’es un maillon dans la chaîne du film, c’est cool parce que tu as un cadre et c’est pas cool parce que tu as un cadre. J’adore aussi avoir un cadre, tu n’as pas la même « peur » de la page blanche, la page est déjà remplie, tu n’as qu’à mettre les couleurs, et écouter le réalisateur. Mais Pierre Salvadori c’est un géni, et il n’y a qu’avec lui que j’ai fait le travail de musique originale de film, même si des chansons de disques ont été utilisées pour des génériques. J’ai fait sinon de la musique pour Sandrine Kiberlain, pour ses supers textes, et j’ai écrit beaucoup de musique pour mes amis jamaïquains, dont deux albums avec Winston McAnuff. C’est lui qui m’a ouvert les portes et emmené en Jamaïque rencontrer les chanteurs que j’écoutais sur mes disques plus jeune… un vrai rêve de gosse ! J’ai été deux fois là-bas et je guette l’opportunité d’y retourner encore une fois… J’ai sinon à venir un projet troyen, …et ça va déchirer ! »

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Propos recueillis par Fabien Prost.

 

 

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Camille Bazbaz, melodies of love!

 

Camille Bazbaz‘s songs are carrying a lot of colors: gladly pleasant, ardent, or sometimes more cooing and melancholic … With a musical wealth which did not stop growing over the years, here we sing love for everything and against everything. Between the first album in 1996, with the free-and-easy reggaes-punks notes as one pleases, and the delicious Bazbaz Café album released just one year ago, there is a whole world, that of an incredible musician who built himself in big blow of open-mindedness and magic melodies, who lives his artist’s life in Troyes half of the time, and whom we were thus lucky enough to meet!
T.C. Was the music always an obvious fact for you?

 » Not, but when it appeared that became it, at about 16-17 years. It is stupid what I am going to tell you, but it is when the border was crossed to listen to some music and to make it. When I made it with friends that was an obvious fact. « 

T.C. It was rather rock music at this time?

 » Yeah, but we did not manage to define what we made. There was a who loved Joy Division, me I loved Bob Marley, an other one loved Santana, an other one the Who, another Wheather Report it was anything! We especially wanted to mess around all together, and to put our energy of wankers to something constructive. The reggae it is the holding company of the music for me, but I began making some music thanks to the punk in fact, thanks to the Clash, to the Sex Pistols. It is as the electro music today if you want, the punk word comes of 70’s but it is still a current word, that is always the same thing … It is not because you not made big studies, because you didn’t learn the music to the school, that you have not the right to make it. It is not because you did not learn to the School of Fine Arts that you cannot do photography, or sculpture. Moreover you see most of the musicians we are all self-taughts, in any case especially those from now on. I find this punk energy in the techno and the electro music, more than in a rock revival. Rock it is for the noble sense, in the « biblical » sense, the rock is a vocabulary and the truth is in the difference. It is in your difference. « 

T.C. The difference which is also in your music with all its influences?

 » The difference is in us, it is the society which tries to smooth everything. When you look at the imagination of the children, the natural poetry of the children, all, across all categories… we lose it by moving forward in life, and that makes me sad. I was lucky enough to meet the music and the friends with whom to make it. I said myself to put in it all my energy of the last one of the class, because I didn’t want to do nothing. To fight against the boredom, wherever from it comes, the music saved my  life. As full of musicians of course that I listen to all the styles, because the music is a freedom, at first. It is the freedom to be different, and not tramp, we try to avoid, but it is the risk to take. That means that it is necessary to work, even if I have not the air of it, it is necessary to be respectful and serious with the toy with which we play. You are not an employee, you are your own boss, it is you who has to put you in your work because it is your function. In this life every trade has its value, musician it is not better that pork butcher, farmer, quite roughly, except for hired killer! We have all our place on this planet, and mine it is there. I know very well after all this time, that I did not make a mistake. And at the same time we can have a good laugh and additionally appeal to the girls! « 

T.C. Your Lebanese origins also find themselves in your influences?

 » I am oriental in my music sometimes, yeah, yeah I like the oriental music, and I also love Kraftwerk! I feel so close to Bill Withers in Soul, Gregory Isaacs, in reggae … You see the reggae I did not approach it by Bob Marley. I understood the reggae by the badges which carried the Clash or the Sex Pistols on their dresses sometimes: I saw Sid Vicious‘s photo with on its T-shirt the broken swastika and a L.K.J . badge, and I wondered to what that corresponded. It was necessary to look in the stores where there was 700 million vinyl, and one day I fall on these initials… in this timeI thought that the reggae was easy popular music and I discovered the reggae under another angle. Bob Marley it was only the tip of the iceberg, since that was dug up and we know well that there are so many big singers, other than Bob Marley, even if I eventually appreciated him to death. He was sweetened with regard to the way of making some music of the Jamaican, so radical. There is a radical way of love, there is no fuss. It is very hard to play, it is as a working drawing, as a painting of Miró… it is quite blue with a red line in the middle, and you say yourself it is easy to make a painting of Miró, it is a thing for children, but as when we become an adult we lose our childhood, we do not know how to find any more this strange harmony which escapes you. The reggae that has the quite simple air, thus it looks affordable, with two agreements, a melody, but after it is really hard to play so that it becomes not boring… the more it is simple, the more it is hard anyway! »

T.C. And what about the composition, how does it take place?

 » It is a balance, it is simple and hard, it is my way of living, a general attitude. It is what manages me, to make some music, to to write songs. There is no rule, it is a juice, one moment, it is subjective, you tell you that it is the way it is. It always aches and always joyful also, the music it is aggravated paradoxes. It is always of the playful of the enjoyment, the pain and the work. That rarely comes to me like that, everything, the melody, the text, the atmosphere. With the text especially, the finished text, it is what is more complicated there, because I listened to some Anglo-Saxon music for all my life. « 

T.C. And you have already thought to sing in English?

 » I lived here, I speak to you to you my friends, we speak to each other in French. If I had been born to Olan-Bator, I would sing in Mongolian! That’s what is there funny, what  is risked, what is exciting. Thinking here we are, I am going to tell a story which everybody is going to understand. It is also tales and to tell you, both at the same time, and it is where it is necessary to be careful, you are not in psychoanalysis. It is your story and those of others… and that we have a good laugh, that that remains light if possible! « 

T.C. You also compose music for the others, in particular for the movies?

 » Pierre Salvadori liked my songs and came to find me. After, at the level of the composition, you are a link in the chain of the movie, it is cool because you have a frame and it is not cool because you have a frame. I adore also having a frame, you have not the same « fear » of the blank page, the page is already filled, you have only to put colors, and to listen to the director. But Pierre Salvadori is a genius, and there is only with him that I made the work of original movie music, even if songs of my records were used for movies soundtracks. I made otherwise some music for Sandrine Kiberlain, for her great texts, and I wrote a lot of music for my Jamaican friends, among whom two albums with Winston McAnuff. It is him who opened me doors in Jamaica to meet the singers that I listened to younger… a real kid’s dream! I was twice over there and I watch for the opportunity to return over there once again … I otherwise am in preparation of a Trojan project, and that is going to rock! « 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Marc dit :

    Découvert à…….65 ans à Creil….ville qui ne fait pas rêver….depuis j’ai hâte de le retrouver sur scène. C’était magique, un contact très fort avec le public dans une petite salle moche qui était devenue sublime.

    J'aime

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