Frédéric Garnier, couvrez ce saint que je ne saurais voir !

Quand le conceptuel n’exclue pas une dimension esthétique et spectaculaire, Frédéric Garnier crée avec punch dans cette exposition une ode à la vie, au questionnement sociologique et volontiers mystique… Le béton se fait sensuel, et la douleur rôde, brûle comme un témoignage de vie, charnelle. Des œuvres faites pour toucher et être touchées, et un univers à découvrir à la Maison du Boulanger jusqu’au 12 novembre !

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T.C. Que représentent les sacs sur la tête de ces « enfants soldats »?

« On est sur le fait que des personnes se cachent d’une certaine réalité ou tout du moins se voilent la face. La question religieuse se pose aujourd’hui : est-ce qu’on ose dire plus facilement qu’hier que l’on est chrétien, musulman ou juif, je ne suis pas sûr. Il y a quelques années en arrière c’était assez évident, la société en France était plutôt chrétienne et catholique, aujourd’hui on a un peu plus de mal à dire les choses, parce qu’on a peur de gêner l’autre, on n’ose pas, donc c’est une question : est-ce qu’il faut mieux se cacher, est-ce qu’il faut mieux se dire les choses ?

Dans les tableaux d’enfants, il y a plein de choses, il y a la notion religieuse, mais il y a surtout une notion d’éducation,  pour moi. Les enfants sont en devenir, et je suis persuadé que l’éducation peut éviter un certain nombre d’endoctrinements. Être lettré, être capable de prendre du recul et d’analyser une situation c’est une question d’éducation. Ce n’est pas que la partie scolaire, est-ce que les jeunes aujourd’hui sont capables de prendre du recul je ne suis pas sûr, les avis sont assez tranchés. »

T.C. Avoir un sac sur la tête c’est avoir des œillères ?

« Oui c’est peut-être avoir des œillères, ça cache le devenir de ces gamins, est-ce qu’ils vont s’ouvrir, est-ce qu’ils ne vont pas s’ouvrir ? Est-ce qu’ils vont garder ce sac pour aller faire une connerie quelconque ? Je pose que des questions, je m’interroge. »

T.C. Mais ils ont déjà les armes, c’est ça le truc ? On n’est pas trop dans le discours de Rousseau qui dirait que les enfants naissent bons…

« Ce sont des armes de gamins, on a quatre enfants à la maison, on n’a jamais voulu qu’ils aient des armes en jouets à la maison, donc on n’en a jamais acheté mais on en a toujours à la maison… C’est sérieux ! On a beau avoir de bonnes intentions, c’est inévitable. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une bonne éducation ou une mauvaise éducation, et je ne suis pas sûr que ce qu’on apporte à nos enfants soit forcément bon ou juste. En tous cas je pense que c’est important d’être attentif, d’échanger avec eux et de leur donner cette capacité de recul, de réflexion. Nous on n’a pas de sujet tabou à la maison par exemple. Il faut de l’amour et que tous les sujets soient abordés. Chez moi les enfants ne sont pas dans une bulle et d’ailleurs l’atelier est grand ouvert, ils viennent y travailler aussi.

L’adolescence c’est aussi très important pour moi, je reste convaincu que les questions que je me posais adolescent, je me les pose encore aujourd’hui… Je suis sûrement encore un grand ado, ce qui n’est pas impossible ! Et puis on est une famille où on a toujours des jeunes à la maison, l’adolescence c’est là où il se passe plein de choses, où ça se construit, où on peut se brûler les ailes, devenir dark angel, ou pas, après chacun sa lecture ! »

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T.C. Et ce goût pour le béton c’est venu comment ?

« Alors moi je suis très bricoleur, c’est tout bête ! Ça m’embête d’acheter du matériel hors de prix quand je fais mon travail plastique, souvent j’achète de la peinture en magasin de bricolage, c’est une peinture qui ne vas pas trop mal, plutôt bio j’espère souvent, sans liant ou liant propre. Et puis je suis fasciné par tous ces matériaux qui sont accessibles, et techniquement si intéressants. La première pièce que j’ai réalisé c’était une bande autour d’un crâne, mais vide, sans qu’il y ait le crâne, c’est parti d’un dessin. Le dessin est important, je me suis remis à dessiner, c’est variable mais ça prend la forme de schémas pour matérialiser les solutions techniques. En général l’idée vient très vite, mais quand j’ai besoin de travailler sur les textures, je me mets à dessiner, je me suis mis à l’aquarelle aussi. Ensuite techniquement c’est intéressant, comment concrétiser ! Vous savez je coure deux fois par semaine et c’est souvent dans ces moments là que je trouve les solutions techniques. »

T.C. L’esprit qui chemine avec le corps, d’abord l’instinct puis l’intellectualisation ?

« Oui c’est tout-à-fait ça, au final c’est un travail de béton avec une résine aqueuse, c’est très très dur mais il y a une notion de légèreté et avec des possibilités comme sur ce crâne où j’ai pu mouler l’aspect duveteux de la laine. Le béton c’est un produit génial ! »

T.C. Et les dorures « bling bling » c’est en contraste avec cette matière plutôt modeste ?

« Pour moi ce n’est pas « bling bling » ! Vous savez j’adore l’art sacré, je ne fais pas d’art sacré, mais ici c’est en référence à l’art sacré, on est sur la notion d’iconique. »

T.C. C’est intéressant car les dorures ont les retrouvent plus sur les peintures, et là vous faites le lien entre les deux ?

« Complètement, je trouve que dans la feuille d’or on est dans la notion de magnificence, de mettre en valeur à un moment quelque chose de particulier. On n’est pas sur du pop art, sinon je l’aurais fait en rouge, en bleu, en résine ! »

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T.C. Et du coup ce que vous mettez en valeur c’est un crâne, il y a toujours une notion d’humanité ?

« C’est un homme, il est présent ! Il est décharné mais toujours vivant pour moi, il y a cette notion de vanité, mais pour moi elle fait référence à une notion d’humanité. On est tous en train de jouer à vouloir pousser la limite de la vie et de la mort, on a tous la question de ce qu’il peut se passer après, sans avoir de réponse, chrétienne, pas chrétienne, religieuse, pas religieuse. J’imagine cette lueur d’espoir à ce dire, on y va. Il y a la notion de sacré, mais sans être religieux, de regarder le ciel en se disant il y a peut-être un truc. Quand on voit ces crânes on peut se dire que c’est morbide, mais ce serait finalement une vision plutôt optimiste ? Je ne travaille que sur la vie en fait, j’aime assez cette idée que dès lors qu’on naît, on meurt. C’est simple, c’est une évidence, on vieillit chaque jour, et on se rapproche toujours de la fin. J’adore cette idée moi, c’est MDR ! C’est un jeu, on n’a pas le choix. Il y ceux qui vont se morfondre et ceux qui vont se battre. C’est ce qui entretient en même temps, pour moi que ce soit s’entretenir physiquement en allant courir ou faire du travail plastique, ça entretient. Ma plus grosse crainte c’est de perdre un jour mes capacités à réfléchir, et à me dire merde, je n’ai plus d’idée pour penser, je n’y arrive plus. Ça c’est ma plus grosse crainte, après la mort en soi… Qu’est-ce qui se passe après, c’est ce que les autres vont en faire, d’après moi. D’où l’importance, de l’éducation, et de ne pas partir en étant fâcher avec ses enfants… Il y a une autre pièce que j’avais faite, une Pietà, avec un écorché. Quoi de plus vivant qu’un écorché, on est dans la souffrance physique mais encore vivante ! »

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Propos recueillis par Fabien Prost.

http://www.fr-garnier-sculpture.com/

 

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Frédéric Garnier, hide me this saint whom I would not know how to see?

When the abstract does not exclude an esthetic and spectacular side, Frédéric Garnier creates with punch in this exhibition an ode in the life, in the sociological and gladly mystic questioning … The concrete becomes sensual, and the pain roams, burns as a testimony of life, carnal. Works made to affect and to be touched, and a universe to be discovered at La Maison du Boulanger until November 12th!
TC. What do represent these bags on the head of these paints with the « children soldiers » ?

We are on the fact that people hide from a certain reality or quite at least are in denial. The religious question settles today: can we say more easily that yesterday that we are Christian, Muslim or Jewish, I am not sure. A few years ago behind it was rather obvious, the France society was rather Christian and catholic, today we have a little more evil to say things, because we are afraid of hampering the other one, we do not dare, thus it is a question: is it better necessary to hide, it is better necessary to say it ?
In the paintings with children’s, there are lots of things, there is a religious notion, but there is especially an educational notion, for me. The children are in future, and I am persuaded that the education can avoid a number of indoctrinations. To be well-read be capable, to stand back and to analyze a situation it is an educational question. It is not only the school part, are the young people of today capable of standing back? I am not sure, the view are strong.

T.C. To have a bag on the head is it to have blinkers?

Yes it is maybe a kind of blinkers, that hides the future of these kids, are they going to open, are not they  going to open? Are they going to keep this bag to go to make an any bullshit? I put those questions, I wonder.

T.C. But they already have weapons, that’s it? We are not too much in the speech of Rousseau which would say that the children are born good …

They are kids’ weapons, we have four children at the house, we have never wanted that they have weapons in toys at the house, thus we have never bought it… but we always have it at home … It is serious! We may have good intentions, it is inevitable. I am not sure that there is a good education or a bad education, and I am not sure that what we bring to our children is necessarily good or just. In any case I think that it is important to be attentive, to exchange with them and to give them this capacity of standing back, of having a reflection. We have no taboo subject at the house for example. Love is needed and that all the subjects are approached. At my home the children are not in a bubble and moreover the workshop is big opened, they come to work on it also.

The adolescence is very important for me as well, I remain convinced that the questions that I asked myself teenager, I ask myself the same even today … I am certainly still a big teenager, what is not impossible! And then we are a family where we always have young people at the house, the adolescence it is where it takes place full of things, where that builds itself, where we can burn wings, to become dark angel, or not, after each the reading!

T.C. And this taste for the concrete it came how?

Then I am very a handyman, it’s quite simple! That annoys me to buy of the extremely expensive material when I make my plastic work, often I buy of the paint in DIY store, it is a paint which does not go too badly, rather bio I often hope, without powder binder or clean powder binder. And then I am fascinated by all these materials which are cheap and technically so interesting. The first piece that I realized was a strip around a skull, but empty without a skull, it began with a drawing. The drawing is important, I started again drawing, it is variable but that takes the shape of plans to realize the technical solutions. Generally the idea comes very fast, but when I need to work on textures, I begin drawing, wih watercolor also. Then technically it is interesting, how to concretize! You know I run twice a week and it is often in these moments there that I find the technical solutions.

T.C. The spirit which walks with the body, at first the instinct then the intellectualization?

Yes it is completely that, in the end it is a concrete work with an aqueous resin, it is very very hard but there is a notion of lightness and with possibilities as on this skull where I was able to mold the downy aspect of the wool. The concrete it is a brilliant product!

T.C. And the  » bling-bling  »  gilts it is in contrast with this modest material ?

For me it is not  » bling-bling « ! You know I adore the sacred art, I do not make sacred art, but here it is in reference to the sacred art, we are on the notion of iconic. « 

T.C. It is interesting because gilts have find them more on paints, and there you make the link between both?

Completely, I find that in the gold leaf we are in the notion of magnificence, to emphasize at a moment something particular. We are not on the pop art, otherwise I would have made it in red, in blue, in resin!

T.C. And what you emphasize it is a skull, is there still a notion of humanity?

It is a man, he is present! He is emaciated but always living for me, there is this notion of vanity, but for me it makes reference to a notion of humanity. We are all playing to want to push further the limit of life and death, we have all the question of what it can take place later, without having any answer, Christian, not Christian, religious, or not. I imagine this glimmer of hope to say it, we go there. There is a notion of crowned, but without being religious, of looking at the sky and to say there is maybe a thing.

T.C. When we see these skulls we can say to ourselves that it is morbid, but it would be finally a vision rather optimistic?

I work only on life in fact, I like enough this idea that since we are born, we die. It is simple, it is an obvious fact, we age every day, and we always get closer to the end. I adore this idea, it is LOL! It is a game, we do not have the choice. There are those who are going to be bored and those who are going to fight. It is what maintains at the same time, for me whether it is physically by going to run or to do the plastic work, it maintains. My biggest fear it is to lose one day my capacities to reflect, and tell me shit, I have no more idea to think, I do not arrive there anymore. It is my biggest fear, after the death in itself … What takes place later, it is what the others are going to make for it, in my view. From where the importance, the education, and not to leave on bad terms with his children … There is another piece than I had made, a pieta, with a skinned man. What could be more living skinned man, we are in the physical suffering, but he is still living!

 

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