Entretien avec Christian Noorbergen, entre art et poésie…

 

 

 

À l’occasion de la grande exposition annuelle de Pont-Sainte-Marie, Mosaïques, visible jusqu’au 29 octobre, nous avons voulu rencontrer le grand investigateur du projet, défenseur de l’art contemporain sans frontière, poète, historien de l’art et volontiers philosophe, l’incontournable Christian Noorbergen.

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T.C. Pouvez-vous nous parler de l’aventure Poethra, c’était dans l’idée d’un rapprochement entre l’art et la poésie ?

« Ça c’est passé dans les années 75, vous n’étiez pas né, j’ai organisé une association dans laquelle il y avait des poètes, des peintres, et des musiciens. Pendant 7 ou 8 ans, on a créé des expositions, organisé des soirées de cabarets poésie-théâtre-musique-humour, et pas seulement à Troyes, mais un peu partout dans toute la région. On a fédéré les excellents peintres et musiciens qu’il y avait à l’époque. Ils étaient souvent très jeunes ces artistes ! On s’est rendu compte aujourd’hui, avec le recul, que ces artistes-là étaient, et j’ose dire les grands peintres de la région. Il y avait les piliers, Guy Péqueux, Philippe Desmonts, Jean Pellé, Alain Gendron, Inger Doan, Pierre Gy, Alain Richard, et quelques autres qui sont devenus les références de la peinture aujourd’hui dans la région. Ces soirées grand public étaient gratuites. On organisait des expositions dans les théâtres, les administrations, et même sur le lieu actuel de la Maison du Boulanger, bien avant que ce ne soit la Maison du Boulanger. Les premières grandes expositions d’art contemporain, disons qu’on les a organisées, parallèlement à ce qu’il se passait à la Société Artistique de l’Aube, qui exposait tous les artistes. Ça m’a donné un sens de l’amitié et de la convivialité qui ne m’a jamais quitté, et j’ai toujours amitié avec ces artistes dont certains malheureusement ont disparu, Pierre Gy, Alain Richard, Jean Pellé, ou Stelio Marz… Ne m’a jamais quitté cette idée d’être un passeur d’art. J’ai maintenant 71 ans, je continue, de ce point de vue là, rien n’a pas changé. Poethra a été un grand point de départ. »

T.C. Cette idée de convivialité et de vouloir faire connaître l’art, ce n’est donc pas une vision élitiste de l’art ?

«Pas du tout, absolument pas, plutôt le contraire ! L’exposition Mosaïques que j’organise aujourd’hui à Pont Sainte Marie est d’entrée gratuite, et c’est une des plus belles expositions de toute la région. Chaque année, il y a un artiste de la région, et tous les artistes qui s’étaient associés à Poethra dans les années 75 ont été invités à Mosaïques, certains à titre posthume d’ailleurs. Et on retrouve d’ailleurs cette belle idée de convivialité à l’Arrivage.

La différence d’aujourd’hui n’est pas une différence de nature, c’est une différence de degré. À l’époque, j’étais prof dans plusieurs établissements scolaires, j’aime bien cette ouverture et la liberté que j’avais, j’étais prof de philo et d’histoire de l’art, prof à l’U.T.T., à l’I.U.T., en milieu carcéral, à l’institut Rachi. Saint-Bernard et les Beaux-Arts étaient mes deux piliers. J’organisais également des ateliers d’écriture, des cafés-philo, des cafés-musique, je me souviens avoir organisé des cafés-musique sur Brigitte Fontaine au Musée di Marco, et sur des artistes un peu underground, histoire de faire bouger la vie culturelle. Quand j’étais prof, je faisais cela à temps partiel, maintenant je le fais, depuis une dizaine d’années à temps complet de manière professionnelle, avec plus d’intensité et plus d’ouverture dans le monde entier. J’organise actuellement une expo en Allemagne, à Trèves, de 31 artistes de 31 pays différents. Le mois prochain, c’est une expo en Lituanie, centrée sur l’expressionnisme contemporain, au mois de septembre, à Paris, ce fut l’expo d’une artiste chinoise… Ça va plus loin et plus fort, mais fondamentalement, c’est pour moi c’est la même attitude. »

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T.C. Si on remonte un peu plus loin vous vous rappelez l’élément déclencheur qui vous a fait aimer l’art ?

« Quand j’étais gamin, je suis arrivé à Troyes j’avais 14 ans, ma chambre était tapissée de posters de peintures, aujourd’hui les peintures originales ont remplacé les posters, mais c’est le même imaginaire ouvert sur le monde entier. Ma pente première, qui ne m’a jamais quitté au fond, reste la poésie. C’est-à-dire des images poétiques qui lancent l’imagination vers l’horizon, ou au-delà de l’horizon, avec des mots. J’ai écrit, j’ai publié, j’écris toujours, n’ayant jamais abandonné cette veine poétique. J’ai quand même un peu lâché l’affaire, parce qu’au fil des années, vers 20-22 ans, il m’a semblé que les mots manquaient de chair et de réalité concrète. Et je suis passé des images poétiques aux images picturales. Là j’ai trouvé un équilibre, une harmonie. Le côté un peu abstrait des mots avec le côté plus charnel, plus matériel et plus réaliste de la peinture ou de la sculpture. Je me suis mis à écrire sur l’art, j’ai passé les diplômes nécessaires pour être officiellement prof d’histoire de l’art, et les choses se sont amplifiées, mais, fondamentalement, rien n’a changé. »

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T.C. Donc l’art comme un voyage intérieur ?

« Vous prononcez le mot juste, quand j’avais 14-15 ans, les reproductions de peintures étaient autant de fenêtres sur le monde de l’humain et de l’humanité. Et puis, à partir de 30 ans, je me suis mis à voyager. Je peux dire que j’ai beaucoup voyagé. Des images immobiles, je suis passé à la multiplicité infinie des images vraies et mobiles des voyages, avec quelques pays privilégiés comme l’Égypte, où je suis allé une trentaine de fois. Plus les pays étaient lointains, plus je me sentais à l’aise : que ce soit l’Inde, le Yémen, l’Ouzbékistan, la Sibérie ou la Mongolie. Je me dépaysais de l’occident, cela me donnait une liberté intérieure. Je rencontrais l’autre, le dépassement des frontières, et l’infinie richesse de la pluralité de l’humanité. Ce que montre au fond les peintures, les voyages ou les peintures, c’est assez proche, le voyage intérieur, c’est tout-à-fait ça. Quand je vois aujourd’hui que le monde se déchire pour des questions de frontières et d’identités nationales ringardes, quelle horreur. Alors que toutes les beautés du monde devraient dépasser de loin toutes les frontières mentales. L’art est un langage universel qui respecte la diversité des cultures à leur plus haut niveau, et non pas au niveau de régression d’une identité recroquevillée sur elle-même, et faisant de l’autre un ennemi. »

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T.C. Est-ce que vous pourriez nous parler du rôle du critique d’art pour vous, et de la poésie que vous pouvez y apporter?

« Le rôle du critique d’art est pluriel. Il y a des critiques d’art inféodés aux résultats commerciaux, économiques ou médiatiques de tel artiste, ce n’est pas tout-à-fait mon propos. Il y a des critiques d’art qui ne travaillent que les grands noms, je ne veux pas cracher dans la soupe, mais ce n’est pas ma manière de voir. Je précise que dans tout ce que je fais, la dimension économique de l’art n’est pas première. Que l’artiste soit connu ou inconnu, j’ai le même respect pour lui. Je connais des artistes mondialement connus et d’autres complètement anonymes, et j’ai au fond la même qualité de relation avec eux. Le rôle du critique est d’aider à faire connaître. Textes, échanges, conférences, peu importe.

La poésie est liée à une manière d’écrire, une forme de langage qui va plus loin que le sens ordinaire des mots. J’utilise la poésie pour forer dans l’épaisseur du discours, pour aller plus loin que le seul intellect. Mais le texte que je peux écrire ne s’arrête pas à la poésie, j’ai une formation d’historien d’art, autrement dit, il y a une forme d’équilibre entre un discours poétique qui permet d’aller au-delà du sens ordinaire des mots, et aussi une utilisation de l’histoire de l’art de notre passé occidental et mondial, avec une dimension objective, presque scientifique. La poésie n’est pas première dans ce domaine. Si je veux m’abandonner à l’écriture poétique, je fais des livres d’artistes. Mais lorsque j’écris un livre sur un artiste, la dimension histoire de l’art l’emporte sur la dimension poétique que j’utilise pour oxygéner le texte. Je ne m’occupe quasiment pas de la technique de l’artiste, chaque artiste a sa technique, il « invente sa cuisine » comme disait Alain Richard. Ça c’est son truc : je vois ce que je vois, j’écris seulement sur ce que je vois. J’analyse toute la richesse de ce visible avec ce que je peux avoir en tête. On n’arrête pas d’apprendre dans cette voie, ou ce milieu d’art, ou cette passion. Chaque artiste nouveau que je rencontre m’apporte quelque chose, et je gagne en liberté de regard.

Beaucoup de gens n’osent pas ouvrir les portes d’une galerie d’art, pensent que c’est réservé à une élite. Il n’y a guère, hélas, qu’une petite minorité qui s’intéresse en profondeur à l’art. Mais c’est lié aussi à notre époque, notre époque donne beaucoup plus de poids au sport, à la superficialité de la politique, aux petits mots vachards médiatisés, et il est clair que les médias en rajoutent à bon compte. En profondeur le rôle de l’art est presque anecdotique, mais il y a quand même quelques dizaines de milliers d’individus qui s’intéressent à l’art en profondeur. A Troyes, on est gâté, il y a d’excellentes galeries et de bons musées. Si j’ai la possibilité d’être passeur, je suis ravi de permettre à un artiste d’exposer. Il y a une bonne effervescence sur le plan pictural, à Troyes, il y a de très bons artistes. »

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T.C. Pensez-vous que l’on puisse rapprocher art et religion ?

« Brutalement, j’ai tendance à dire non. Autrefois toutes les religions passaient par l’art, aucune religion ne pouvait exister sans art ni sans architecture. Il y a un art chrétien sublime, il y a un art du bouddhisme sublime, etc. Mais les religions avaient tendance à exiger que les artistes fassent des représentations des codes religieux imposés ou proposés. Une sorte de main mise, et peu ou pas de liberté donnée aux artistes. Au Moyen-âge, les artistes étaient plutôt des artisans qui illustraient. C’étaient des illustrateurs qui ne signaient pas. A partir du moment où les artistes vers le 15ème ou 16ème siècle ont pris leurs distances avec les représentations des codes imposés, même si certains avaient absolument le droit de continuer avec le sacré, l’art est devenu libre, et c’est là aussi que l’art s’est en partie coupé du grand public. L’art n’est pas une religion, une religion peut s’abîmer dans l’idéologie. L’art n’est pas une religion. Qu’il y ait des passerelles, c’est évident, le beau est sans frontière. Les beautés du monde et de l’intériorité, et pourquoi pas du sacré, font plus que bon ménage. Si on fait de l’art une religion, on va créer des écoles, des idéologies, et aussi des hérésies…  Il y avait bien des courants artistiques au début du 20ème siècle, des écoles, et des mouvements. Mais ces mouvements résultaient de l’éclatement de ce qui autrefois était un, l’artiste était un artiste artisan qui représentait des codes religieux sans qu’il ait lui-même grand-chose à dire, sauf s’il était un génie s’appropriant les codes culturels et religieux. À partir du 15ème siècle, les œuvres de génie abondent, auparavant c’était moins évident, il n’y avait pas cette exigence absolue d’aller jusqu’au bout du possible et d’inventer sa propre langue. Lorsque cet éclatement a eu lieu et que les courants sont apparus, surtout vers la fin du 19ème et au début du 20ème, l’expressionnisme, le surréalisme, et ainsi de suite, le grand public a lâché l’affaire. Les artistes se sont libérés de leurs obligations de rendre service aux évidences… Mais aujourd’hui, c’est totalement terminé, en 2017 les artistes sont tous singuliers, chaque artiste développe sa singularité, et cela jusqu’où il peut aller trop loin… Il y a une continuité de l’expressionnisme, l’art brut fait aujourd’hui partie du paysage global, il y a au moment où je parle une grande exposition d’art singulier à Paris… Donc aujourd’hui ce sont plutôt les individus qui ont pris le relais, ce qui est magnifique.  Ça veut dire qu’on a la chance, quand on confronte son regard avec celui d’un autre qui va très loin, d’oxygéner son propre regard et de se délivrer de ses acquis. »

Mosaïques, jusqu’au 29 octobre, Salle des fêtes de Pont-Sainte-Marie, entrée libre.

Propos recueillis par Fabien Prost.

 

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Christian Nooerbergen : between art and poetry.

At the moment of the big annual exhibition of Pont-Sainte-Marie, “Mosaïques”, visible until October 29th, we wanted to meet the great investigator of the project, the defender of the contemporary art without border, the poet, the art historian and gladly the philosopher, the brilliant Christian Noorbergen.
T.C. What could you say about the Poethra adventure, it was in the idea of a link between the art and the poetry?

« That passed in the years 75, you weren’t born, I organized an association in which there were poets, excellent poets, there were painters, musicians, and during 7 or 8 years we created exhibitions, organized evenings of poetry, evenings of cabarets poetry, theater, music, not only in Troyes but in the all region. We federated the excellent painters and the musicians artists whom there was in this time. They were often very young these artists, and we realized, today with hindsight, whom these artists were I dare to say the big painters of the region. There were pillars, Guy Péqueux, Philippe Desmonts, Jean Pellé, Alain Gendron, Inger Doan, Pierre Gy, Alain Richard and some others which became a little the references of the painting today in the region. But we thus made evenings for every one almost all the time for free, there was of some poetry, some music, some humor … We organized exhibitions on the current place of the “Maison du Boulanger” before it became the “Maison du Boulanger”, the first big exhibitions of contemporary art, let us say that we organized them, at the same time as what it took place to the Artistic Society of the Aube, which was more academic, which exposed all the artists. That gave me a sense of the friendship and the conviviality which has never left me and I always have friendship with these artists among whom some unfortunately disappeared, Pierre Gy, Alain Richard, Jean Pellé, Stelio Marz… This idea to be a gateway with other artists has never left me, maintaining I am 71 years old, I continue, from this point of view there that did not change. Poethra was a big starting point. « 

T.C. This idea of conviviality and to want to make known the art, it is not thus an elitist vision of the art?

« Not at all, absolutely not, I dare to say on the contrary, for the exhibition “Mosaïques” that I organize the entrance is free, there are excellent painters, it is one of better exhibitions of  the region. Every year there is an artist of the region, all the artists who had joined Poethra in the years 75 about which were invited in “Mosaïques”, some posthumously moreover. And we find this idea of conviviality in “L’Arrivage”.

The difference today is not a difference of nature, it is a difference of degree. In the time I was teacher in several schools, I like this opening and this freedom which I had, I was a philosophy teacher, an art history teacher, in the U.T.T ., in the I.U.T ., in prison, to the Trojan institute Rachi, the St Bernard high school and to the School of Fine Arts, were my two pillars. I also organized writing workshops, cafés – philosophy, cafés – music, I remember having organized some cafés – music on Brigitte Fontaine to the Museum di Marco, and on a little bit underground artists, just to move the cultural life. When I was a teacher I made that part-time, now I make it since a good full-time decade, in a professional way, with more intensity, more opening all over the world. I organized at present an exhibition in Germany in Trier of 31 artists of 31 different countries. Next month I organize an exhibition in Lithuania, centered on the contemporary expressionism, in September in Paris it was the exhibition of a Chinese artist… That goes a little farther but fundamentally for me it is the same attitude. « 

T.C. If we go back a little farther you remember the trigger which made you like the art?

 » When I was a child, I arrived to Troyes I was 14 years old, my room was papered with posters of paintings, today the original paintings replaced posters but it is a kind of opened imagination on the whole world. But my first slope, that hasn’t left me in fact, it is the poetry. That are poetic images which throw the imagination towards the horizon or beyond the horizon with words. I wrote, I published, I always write, I have never given up this poetic inspiration but I a little released over the years, at about 20-22 years, it seemed to me that the words missed a little flesh, reality. And I moved on from poetic images to pictorial images, there I found a balance. The side a little abstracted from the words and the more carnal, more material, more realistic side of the painting, the sculpture. I began writing on the art, I dug, I got diplomas to be officially an art history teacher, and things increased, but fundamentally nothing has changed. « 

T.C. So the art as an internal journey?

 » You pronounce the right word, when I was 14-15 years old, the reproductions of paintings were so many windows on the world of the human being and the humanity and then from 30 years I began travelling. I can say that I travelled a lot, of motionless images I passed in an infinite multiplicity of mobile images. Of these journeys, with some favored countries as Egypt, where I went around thirty times, more countries were distant more I felt comfortable: whether it is India, Yemen, Uzbekistan, Siberia. I disoriented of the occident and that freed me. I met the other one, I met the wealth of the humanity, the overtaking of the borders, the infinite wealth of the plurality of the humanity. What shows in fact paintings, journeys or paintings, it is rather close, the internal journey, it is completely that. When I see today that the world tears for questions of borders and a little bit outdated national identities, it is a horror. While all the beauties of the world should exceed by far all the mental borders. The art is the universal language but that respects the diversity of the cultures at their highest level and not at a level of regression on an identity curled up on itself by making of the other one an enemy. « 

T.C. Could you speak to us about the role of the art critic for you, and about the poetry that you can bring to it?

 » The role of the art critic is plural. There are art critics linked to the commercial, economic or media results of such artists, it is not completely my subject. There are art critics who work for the big names, I do not want to show ungratefulness but it is not my way of seeing. I specify that in all that I make the economic side of the art is not my subject. That the artist is known or unknown I have the same respect for him. I know world-famous artists and others completely anonymous… I have at the in fact the same quality of relation with them. The poetry is bound to a manner of writing, a shape of language which goes a little farther than the ordinary sense of the words. I use the poetry to drill in the thickness of the artistic speech, to go a little farther. But the text which I can write does not stop there, I have a formation of art historian, in other words there is a shape of balance enter a poetic speech which allows to go beyond the ordinary speech of the words and also a use of the art history of our occidental and world past, with a dimension, I dare to say, objective, almost scientific. But the poetry is not first in this domain there, when I want to give way to the poetic writing in the art, I make artists’ books. But when I write a book on an artist, the art history dimension almost takes precedence on the poetic dimension which I use in the service of an opening, when I want to oxygenate the text. I do not almost take care of the technique of the artist, every artist to his technique,  » invent his cooking  » as said Alain Richard. That it is the thing: I see what I see, I write on what I see. I analyze all the visible wealth of it with what I can have in mind, and we do not stop learning in this job, this environment, this passion. Every new artist whom I meet brings me something… that allows me to win freedom.
A lot of people do not dare to open the doors of an art gallery, think that it is reserved for an elite. There is hardly only a small minority of people which is interested in depth in the art. But it is also connected in our time, our time gives much more weight to the sport, to the superficiality of the politics, to the small word, to the small meanness, and it is clear that the media give a lot of importance for it or for news items. In depth the role of the art is almost trivial, but there are maybe some hundreds, some thousands or tens of thousands individuals who are interested in the in depth in art. In Troyes we are spoiled, there are excellent galleries and good museums. When I have the possibility of being a “passer”, I am delighted to allow that an artist exposes when I can make it. There is a good excitement on the pictorial plan, there is very good artists. « 

T.C. Do you think that we can move closer to art and to religion?

« I tend to say no, brutally, I tend to say no. Formerly all the religions passed by art, no religion could exist without art, there is a Christian sublime art, there is an art of the sublime Buddhism, etc. But the religions tended to require that the artists made artistic representations of the cultural codes, the religious codes, and a kind of hand put, thus there is not always, in the past or in the present, a big freedom given to the artists. In the Middle Ages the artists were rather craftsmen who illustrated. There were illustrators who did not sign, and from the moment the artists at about the 15th or 16th century distanced themselves from the representations of the codes of all kinds, even if some absolutely had the right to continue with the sacred, it was there that art became free, and it was there as well as that art has cut itself in a way of the general public. Art is not a religion, a religion can go to the sect, until the ideology. Art is not a religion, that there are links it is obvious, the beautiful is without border, the beauties of the world and the interiority, why not the sacred, make more than good household. The religions sometimes have some difficulties towards art, if we make from art a religion we are going to create schools, ideologies and also heresies … There were many artistic movements extremely marked especially at the beginning of the 20th century, schools, movements. But these movements resulted from the explosion of what formerly was one, the artist was a craftsman who represented religious codes without to say much, unless it was a genius. A genius appropriated the cultural and religious codes, and bring his mind. From the 15th century the works of genius abound, previously it is less obvious, there was not this absolute requirement which the artists today can have to go up to the end of the possible and to invent their own language. When this explosion took place and when the currents appeared, especially towards the end of the 19th and towards the end of the 20th when the general public released a little the affair. The artists released themselves from their obligation to serve the general public and thus at this moment they were groups, families, expressionism, surrealism, and so on …

But today it is totally ended, on 2017 the artists are any singulars, every artist develops his peculiarity to where he can go too far. There is a continuity of the expressionism, the naive art is a part of the global landscape today, there is as an exhibition of singular art in Paris… but today it is rather individuals who took over, what is magnificent. That means that we are lucky enough when we confront our look with that of an individual which goes very far, to oxygenate our own view and deliver us from our experience. « 

 

 

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