Une méditation, un souffle, et une lumière… Jean-Charles Quillin & Nanna Johanson-Quillin.

Deux artistes accomplis, un couple à la vie, deux vibrations, deux regards, deux univers, et une myriade de voyages, dans la nuance, dans l’infime, dans l’introspection, et l’interaction. À découvrir à la Galerie du Jansanet jusqu’au 13 janvier à Troyes.

 

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T.C. Jean-Charles Quillin, comment appréhendez-vous vos tableaux, avez-vous un thème en tête lorsque vous commencez une toile ?

« Non, je n’ai pas de thème, je me laisse aller, je travaille un peu comme un espace de méditation. Au départ il n’y a que le vide, je commence par mettre mes tableaux à l’envers puis je travaille comme en étant dans une dimension abstraite. Directement à la peinture, je commence par un fond noir, et après vient le sujet. Je commence toujours par le bas, à l’envers, et il arrive un moment où je retourne la toile, et c’est là que j’ai des surprises. C’est comme une découverte, comme un spectateur pourrait la découvrir pour la première fois. De là vont surgir des formes, des traces, que je travaille avec des matières de marbres, ou de graphites… que des métaux, je n’utilise pas de couleurs traditionnelles. »

T.C. Que des matières minérales, et d’où est venu ce vocabulaire, avec ces visages si particuliers ?

« Traiter les visages comme ça c’était pour moi retirer toute forme d’appartenance et d’apparence. On ne peut pas dire que ça ressemble à quelqu’un ou à tel animal… On ne sait pas trop. Il y a un aspect universel, à travers ça il y a des expressions, des sensations, des émotions que l’on ressent, comme une forme de tendresse, une forme de compassion. C’est quelque chose qui appartient à l’espèce humaine, sans que ça y ressemble. Il y a trois trous sur ces visages, et de ces trois trous on doit ressentir les impressions, les expressions humaines… »

T.C. C’est un questionnement, un souffle,  voire un chant, comme une chorale parfois…

« C’est souvent un souffle, c’est une communication, c’est une bouche qui communique. Soit on se pose des questions en les regardant, soit ce sont eux qui se posent des questions en nous voyant. On ne sait pas qui regarde qui, l’échange se fait comme ça, et quand les enfants viennent voir une expo, ils sont complètement pris, excités par ses petits personnages, c’est accessible pour eux. »

T.C. Ces visages sont donc un peu comme une porte d’entrée vers des univers plus obscurs ?

« C’est une porte d’entrée mais on est invité à rentrer… par la lumière. Il n’y a rien qui reste sombre, il y a la lumière, et on y est invité par ce passage là, il y a toujours la lumière. C’est un travail d’une quinzaine d’années, au départ je travaillais de l’abstrait, seulement à base de différents noirs, et ce qui m’intéresse ce sont toutes les différences  de nuances dans les noirs, si on regarde avec attention. Quand j’ai commencé à travailler l’abstrait, je travaillais dans une cave, sans électricité, juste avec une bougie, et ça m’a appris à sentir les couleurs, à apprivoiser ces différentes teintes, et toujours dans cette idée de méditation. »

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Nanna Johanson-Quillin,

T.C. Nanna, avez-vous donné un titre à votre exposition ?

« Oui, j’ai repris un très joli titre d’un article qu’avait écrit Christian Noorbergen : « Nanna ou les tressaillements de la lumière ». Après je ne donne pas un nom à chaque tableau, je les numérote avec un chiffre romain. Ce travail-là est beaucoup dans l’intention, ça demande beaucoup de concentration au préalable. Je ne décide pas de l’emplacement de ce que je peins, mais c’est sur le moment. Tout dépend comment on se sent, comment on est, au moment où on peint, c’est ensuite véhiculé par nous, comme beaucoup…»

T.C. Ces différents rythmes de formes, ça donne un côté presque sonore à la toile, comme un spectre sonore, une aura musicale ?

« Oui, si vous voulez, c’est une interprétation,  mais ce n’est pas faux, d’une c’est une sorte de rythme donc de musique, de ce point de vue là, et aussi je peins toujours au fond des tableaux, une spirale noire sur une spirale noire. C’est une façon de peindre la toute première vibration, le premier son, d’où sort la lumière. Donc ce n’est pas faux, et j’ai aussi beaucoup joué au piano, donc pourquoi pas, il y a beaucoup de musique ! »

T.C. Vous avez connu d’autres approches picturales avant ?

« Ce fond de spirale noire sur spirale noire, je l’ai depuis 95, mais je ne peignais pas par-dessus. Avant c’était beaucoup plus dans la méditation-même, des formes plus simples, des ronds, des sphères, alors que là j’ai voulu m’approcher plus du réel, faire deviner des silhouettes, des paysages, faire des allusions. Ça dépend aussi de l’échelle… ça sort, et ça vient avec l’eau. Je mouille ce fond noir, et quand je peins après dessus, ça devient plus fluide, presque comme une aquarelle, en contraste avec des touches sèches plus tranchées. Je voulais aussi que ça représente l’espace, l’eau, la terre, et en même temps rester dans le flou, parce que ce que l’on croît être la réalité, si on ferme les yeux, ça n’existe plus, c’est juste une vision personnelle, un sens, une perception. C’est finalement juste un aspect, une illusion de ce qu’on croît être, qui peut être différente j’imagine pour les animaux.  Ce qu’on appelle la réalité, on ne sait pas si c’est réel ou pas, c’est relatif et un peu illusoire. Ce qu’on voit dans le tableau, ça dépend beaucoup de celui qui regarde.  J’aime bien cette liberté d’interprétation, de voir ce qu’on veut voir finalement, et ce qu’on peut voir.»

Propos recueillis par Fabien Prost.

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A meditation, a breath, then a light… Jean-Charles Quillin and Nanna Johanson-Quillin.

Two accomplished artists, couple in life, two vibrations, two looks, two universes, and a myriad of journeys, in the nuance, in the infinitesimal, in the introspection, and the interaction… To be discovered in the Galerie du Jansanet until January 13th.

T.C. Jean-Charles Quillin, how do you initiate your paintings, do you have a theme in mind when you begin a painting?

« No, I have no theme, I let go myself, I work as a space of meditation. At first there is only a space, I begin by putting my paintings upside down then I work as in an abstract dimension. Directly in the paint, I begin with a black background, and later comes the subject. I always begin through the bottom, upside down, and there comes a time when I turn the painting, and it is there that I have surprises. It is as a discovery, as a spectator could discover it for the first time. From there are going to arise forms, tracks, which I work with marble materials, or graphite … that metals, I do not use traditional colors. »

T.C. That minerals, and from where came this vocabulary, with these so particular faces ?

« Handle faces like that was for me a way to remove any form of membership and appearance. We cannot say that that looks like somebody or such animal… We do not know too much. There is an universal aspect, through that pass on expressions, sensations, feelings that we feel, as a form of tenderness, a form of condolence. It is something which belongs to the human race, without that looks like it. There are three holes on these faces, and of these three holes we have to feel the impressions, the human expressions … »

T.C. It is a questioning, a breath, even a song, as a choir sometimes …

« It is often a breath, a communication, it’s the mouth which communicates. Either we ask ourselves questions by looking at them, or it is them who ask themselves questions by seeing us. We do not know who looks who, the exchange is made like that, and when the children come to see an exhibition, they are completely taken, excited by these small characters, it is accessible for them. »

T.C. These faces are thus little as a front door towards darker universes?

 » It is a front door but we are invited to enter by the light. There is nothing which remains dark, there is a light, and we are invited by this passage there, there is always a light. It is a work of about fifteen years, at first I worked the abstract, only with various blacks, and what interests me it’s all the differences of nuances in the blacks, if we look with attention. When I began to work the abstract, I worked in a cellar, without electricity, just with a candle, and that learnt me to feel colors, to tame these various tints, and always in this idea of meditation. « 

Nanna Johanson-Quillin,
T.C. Nanna, did you gave a title to your exhibition?

 » Yes, I used a very attractive title of an article which had written Christian Noorbergen:  » Nanna or the quivers of the light « . Later I do not give a name to every paintings, I number them with a Roman numeral. This work is a lot in the intention, that asks a lot of concentration beforehand. I do not decide on the location of what I paint, but it comes over the moment. Everything depends of how we feel, how we are, as we paint, it is then conveyed by us, as many… « 

T.C. These various rhythms of forms, that gives an almost sound side to the painting, as a sound spectrum, a musical aura?

 » Yes, if you want, it is an interpretation, but it is not false, first it is a kind of rhythm thus of music, from this point of view there, and also I always paint in the background of paintings, a black spiral on a black spiral. It is a way of painting the very first vibration, the first sound, where from the light goes out. Thus it is not false, and I also played a lot the piano, thus why not, there is a lot of music! « 

T.C. You knew other pictorial approaches before?

 » This background of black spiral on black spiral, I have it since 95, but I did not paint over. Before it was much more in the meditation, the simpler forms, circles, spheres, while there I wanted to approach more the reality, make guess silhouettes, landscapes, hints. That also depends on the scale… that goes out, and that comes with the water. I wet this black background, and when I paint after over, that becomes more fluid, almost as a watercolor, in contrast with more clear-cut dry touches. I also wanted to represents the space, the water, the ground, and at the same time to stay in the fuzziness, because that we grow to be the reality, if we close eyes, that does not exist any more, it is just a personal vision, a sensibility, a perception. It is finally just an aspect, an illusion of the fact that we think to be, which can be different I imagine for animals. What we call the reality, we do not know if it is real or not, it is relative and a little bit imaginary. What we see in the paintings, that depends many of who looks. I like this freedom of interpretation, to see what we want to see finally, and what we can see. « 

 

 

 

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