Trois rencontres à Ginkgo : Émilie Bitauld, Paola Antezana et Astrid Jourdain.

Dans le cadre de la 35ème édition des journées européennes du patrimoine Ginkgo ( le site sur lequel cohabitent le Centre d’Art Contemporain Passages, 2 résidences d’artistes et les 10 ateliers d’artistes ) a ouvert ses portes aux visiteurs. Nous avons pu partir à la rencontre de trois des artistes présents, et appréhender avec bonheur toute la richesse et la diversité des habitants du lieu.

Émilie Bitauld, départ imminent.

Entre artiste ou voyageuse, Émilie Bitauld a choisi de ne pas choisir, son voyage sera le nôtre, entre exploration humaine et graphique, entre aquarelles sensuellement hypnotiques et peintures globe-trotteuses, musicales et illuminées. Un voyage à travers les arts, pour une artiste-chercheuse qui impressionne par sa capacité à s’imprégner et à investir de nouveaux langages entre peinture figurative, Outsiders inspirés, Big Bangs procréatifs et installations conceptuelles.

T.C. Qu’est-ce qu’évoque Ginkgo pour vous ?

« Je suis tombée amoureuse de Ginkgo il y a vingt ans, originaire de Bretagne j’étais venue faire des études à Troyes. J’ai été fascinée par ce grand arbre qui a donné son nom à la résidence, avec ce parc, ce sont des conditions de rêve pour un artiste. Après un atelier à Paris j’avais envie de changer d’air, je me suis réinstallée à Troyes et j’ai eu la chance de pouvoir accéder à cet atelier. »

T.C. On ressent beaucoup c’est idée de voyage dans vos créations, l’atelier c’est un pied-à-terre pour mieux explorer le monde ?

« Quand j’étais petite je disais toujours : « je veux être artiste-peintre et voyageuse », aujourd’hui le terme peut paraître un peu désuet, d’ailleurs je fais beaucoup d’autres choses comme des installations… Le voyage est un thème central mais c’est un peu un trompe l’œil, dans cette série on penserait au voyage mais ce ne sont que des lampadaires, le titre c’est « Lampposts », je prends des photos de lampadaires depuis 20 ans, dans une trentaine de pays, et ça suit également les aléas de ma vie, je n’ai pas fait que de l’art.  J’ai passé pas mal de temps en Égypte, j’ai fait des résidences au Brésil, à Rio, en Chine, un séjour au Danemark, ou en Thaïlande… »

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C’est donc un  élément récurrent, comme un ancrage mais qui varie surtout par les changements de compositions, de regard, où finalement la destination laisse place à un ressenti, un regard systémique plus qu’à une carte postale, comme dans ce presque monochrome très sombre et vibrant où l’on devine presque les étoiles de Van Gogh dans un ciel chavirant…

« C’était une nuit dans le Marais… plutôt vibrante en effet ! Souvent j’utilise des morceaux de rock comme titres, il y a aussi des références aux polars américains… c’est assez varié. »

T.C. Et il y a on imagine un symbole dans ce lampadaire… ?

« Il y a beaucoup de raisons, j’ai commencé cette série quand j’étais aux Beaux Arts… mais par exemple une de mes dernières expositions s’appelait Respublica,  il n’y avait que des lampadaires, c’est à la fois une chose publique mais également à l’image de notre république, c’est un objet qu’on doit choisir ensemble les uns pour les autres, et si nous on les voit de moins en moins, eux nous voient de plus en plus, avec des caméras fixées dessus… ça peut être aussi un lampadaire cambodgien en bouteilles en plastiques recyclées, très clair sur un ponton. Ce sont des choses très contemporaines, des questions d’actualité, mélangées à des interprétations graphiques.  Au point de départ il y avait une idée d’éclairage intérieur, j’avais envie de peindre des paysages, mais avec notre approche cinématographique des choses j’avais besoin qu’il se passe quelque chose, sans que ce ne devienne anecdotique. Un côté allégorique, avec sa propre lumière, mais sans rien d’ésotérique, c’était plus une interrogation sur le design, et sur ce que cet objet peut dire de nous.  »

T.C. Côté projets ?

On inaugure avec Sébastien Rouet une galerie d’art contemporain à Reims le 20 septembre, la galerie A2pasdusacre  qui a deux lieux, La Résidence et A2pasdusacre, juste à côté de la cathédrale.

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Sébastien Rouet et Émilie Bitauld.

Pour en voir / en savoir plus :

https://www.emiliebitauld.com/

http://www.infoculture-reims.fr/details.php?s_ev_id=20515

Paola Antezana, terre, nature… et soleil !

Artiste céramiste, Paola Antezana pratique la céramique depuis 9 ans, avec des thèmes souvent autour de la nature, des sculptures douces et joyeuses, ou des poteries en grès aux textures généreuses et aux teintes profondes.

T.C. Vous pouvez nous parler un peu de votre atelier et de Ginkgo ?

« Il y a des bâtiments qui ont une atmosphère lourde, quelque chose de pesant, ici les murs sont porteurs d’une énergie positive, il y a beaucoup de lumière. Le lieu était une ancienne teinturerie où on créait un vert-noir profond, j’y pense souvent quand je fais un vert très foncé. Entre le vert du jardin et le mélange des artistes, les échanges, il y a une réelle magie, c’est un plaisir de pouvoir travailler ici, ensemble autour de ce grand arbre. »

T.C. En parlant d’arbres, pouvez-vous nous parler un peu de vos sculptures ?

« Dans ces arbres qui naissent autour de mes mains, il y a la vie, foisonnante, il y a la nature, et il y a aussi la mort, avec ses espaces creux, ses mystères qui souvent au final se retrouvent habités… J’aime beaucoup les oiseaux, leurs couleurs, leurs attitudes, chaque arbre devient une petite scène où tour à tour certains se cachent, d’autres discutent ou protègent leur nid… J’aime que l’on puisse s’attarder sur différents détails au fil du temps, prendre le temps d’observer et de redécouvrir avec des yeux d’enfant. »

Et c’est un vrai plaisir de plonger le regard dans ces minutieux détails, s’évader dans le minuscule. Les objets d’art qui sortent de l’atelier de Paola respirent de sa bienveillance et de son sourire, en toute simplicité.

« Je me considère toujours en apprentissage, je progresse sur la technique et m’ouvre à des nouvelles expériences comme le mélange de la terre avec du bois ou du métal. Je dessine aussi de plus en plus avec les oxydes, le dessin me permet d’explorer d’autres approches. Je voudrais également à l’avenir tourner des pièces de plus grande dimension, il y a beaucoup à faire et ça m’arrive aussi d’avoir des demandes particulières pour réaliser des sculptures à la commande. C’est avant tout un partage. Je fais des ateliers avec des enfants où je fais découvrir les techniques de la céramique et leurs regards est une vraie source d’inspiration. »

Astrid Jourdain, le souffle onirique.

Le dessin c’est un peu comme un retour aux sources, des sources magiques avec Astrid Jourdain, où les créatures surgissent des contes immémoriaux qui se racontent dans notre intérieur, résonnent comme un tambour chamanique dans nos yeux d’enfant si heureux de voir.

« Mes dessins se traduisent souvent par des formes assez simples, des traits, noirs et blancs et parfois des aplats de couleurs… J’aime bien étudier les plantes ou des poils d’animaux et chercher comment les représenter par des traits. C’est un univers onirique,  j’ai commencé mon apprentissage avec de l’illustration de livres pour enfants, et ça a laissé quelques traces ! Des traits pour faire l’herbe, beaucoup de motifs, on n’est pas du tout dans la recherche de réalisme. Si je m’inspire beaucoup du réel, c’est surtout pour aller voir ailleurs. Mais mon approche évolue, j’utilise petit à petit de plus en plus de couleurs, des ombrages, un soupçon de perspectives, tout en restant dans un univers fantasmé.

T.C. Et votre expérience avec Ginkgo ?

« J’ai eu un atelier, mais je ne l’ai plus, je suis désormais à Aubervilliers. J’étais très triste de partir, c’est un lieu paisible, empli de beauté. J’avais un atelier en hauteur, en haut de la tour surplombant ce jardin si inspirant et agréable. Avec les dix ateliers les gens sont très diversifiés, j’étais très proche d’Alfred, d’Alisson qui est partie, de Noon et de Paola, c’est une chance d’avoir des gens aussi talentueux autour de soi, ça donne envie de pousser plus loin dans la création.

T.C. On peut d’ailleurs trouver une certaine parenté avec  les univers de Noon, dans le traitement et cette force graphique qui si tranquillement… envoie du lourd !

« Ça me flatte, j’aime beaucoup ce que fait Noon, après je ne sais pas quel est son processus de création, mais moi c’est souvent pour calmer des angoisses, les canaliser. C’est une sorte de méditation et aussi une sorte d’échappatoire dans un monde un peu rêvé où il y a très peu d’êtres humains. J’ai commencé à dessiner quand je faisais mes études à Paris, beaucoup d’immeubles, pas beaucoup d’arbres, j’ai eu besoin de dessiner de la nature et c’est resté.

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T.C. Des expositions à venir ?

« J’ai un exposition en Sologne, dans une bibliothèque, d’octobre à décembre. Et je préparerai également les portes ouvertes de mon atelier. »

Pour en voir / en savoir plus :

https://astridjo.com

Fabien Prost, Troyes Couleurs.

 

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Ginkgo : three meetings with Emilie Bitauld, Paola Antezana and Astrid Jourdain.

In the occasion of the 35th edition of European Heritage Days, Ginkgo (the site on which live the Passages Contemporary Arts Center, 2 artists’ residences and 10 artist studios) opened its doors to the visitors, we met three of the present artists, and perceived with happiness all the wealth and the diversity of the inhabitants of the place.

Émilie Bitauld, imminent departure.

Between artist or traveler, Émilie Bitauld chose to not choose, her journey will be ours, between human and graphic exploration, between sensually hypnotic watercolors and  world travelering paintings second hands musical and floodlit. A journey through the arts, for an artist-researcher who impresses by her capacity to become imbued and to invest new languages between figurative painting, inspired Outsiders, procreative Big Bang and abstract installations.

What evokes Ginkgo for you?

 » I fell in love with Ginkgo twenty years ago, native of Bretagne I studied in Troyes. I was fascinated by this the big tree which gave its name to the residence and with this park, real dream conditions for an artist. After a workshop in Paris I wanted to have a break, I reinstalled in Troyes and I was lucky to integrate this workshop. « 

We feel this idea of journey in your creations, the workshop is a pied-à-terre to better explore the world?

 » When I was a child I always said I want to be an artist-painter and a traveler, today the term can seem a little bit old-fashioned, I produce many  other things as installations … The journey is a central theme but it is not the whole, in this series we would think of the journey but they are only lampposts, that’s in the title, I take photos of lampposts for 20 years, in around thirty countries, and that also follows the hazards of my life, I did not make only art. I spent quite a lot of time in Egypt, I made residences in Brazil, in Rio, in China, stay in Denmark, or in Thailand too… « 

It is thus a recurring element, as an anchoring but that varies especially by the changes of compositions, looks… where finally the destination gives way to a sensation, a analyzing look more than a postcard, as in this almost very dark and vibrating monochrome where we almost guess Van Gogh’s stars in a capsizing sky …

« It was a night in the Swamp … rather vibrating indeed! Often I use pieces of rock as titles, there are also references to the American thrillers, it is varied enough. »

And we imagine there is a symbol in this lamppost …?

« There are many reasons, I began this series when during the Fine arts school … but for example one of my last exhibitions was called Respublica, with only lampposts, it is at the same time a public object but also just like our republic, it is something that we have to choose together, and we pay less and less attention to them, them see us more and more, with cameras fixed above … that can be also a Cambodian recycled plastic bottles lamppost, very clearly on a pontoon. They are very contemporary things, topical questions, mixed in graphic interpretations. In the starting point there was an idea of internal lighting, I wanted to paint landscapes, but with our actual film approach to things I needed something to live in, without it becomes trivial. An allegorical side, with its own light, but without anything esoteric, it was more an interrogation on the design, and on what this object can say about us.

Concerning projects?

We inaugurate with Sébastien Rouet a contemporary art gallery in Reims on September 20th, the A2pasdusacre gallery which has two places, The Residence and A2pasdusacre, just next to the cathedral.

To see it/to know more about it:

https://www.emiliebitauld.com/http://www.infoculture-reims.fr/details.php? S_ev_id=20515

Paola Antezana, ceramic, nature… and sun !

Ceramist artist, Paola Antezana is practicing the ceramic for 9 years, with often natural themes, in her soft and joyful sculptures, as in her stoneware potteries with deep tints and generous textures.
Paola, what can you say about your Ginkgo workshop?

 » There are buildings with a heavy atmosphere, something inhabiting… here walls are just carrier positive energy, there is a lot of light. A long time ago the place was a former dyeing factory where people created a deep green-black, I often think of it when I make a very dark green. Between the green of the garden and the relationship with the artists, the exchanges, there is a real magic, and it is a pleasure to work here, together around this big tree. « 

About trees, what can you tell us about your three sculptures?

 » In these trees born around my hands, there is life, abundant, there is nature, and there is also death, with hollow spaces, mysteries which often find themselves in the end inhabited … I like birds very much, their colors, their attitudes, every tree becomes a small stage where alternately some hide, others discuss or protect their nest … I like that people can linger over various details over time, observe and rediscover it with child’s eyes. « 

And it is a real pleasure to plunge the look into these meticulous details, to escape into the mild. The works of art which go out of Paola’s workshop breathe of her benevolence and her smile, in all simplicity.

 » I always consider me as an apprentice, I progress on the technique and try new experiences as the mixture of the clay with wood or metal. I draw more and more with oxides too, the drawing allows me to explore other approaches. I would also want in the future to make bigger pieces on my potter wheel, there is much to be done and there are particular demands to realize sculptures with order. It is above all an idea ofsharing. I manage workshops with children where I make discover the ceramic techniques and their looks are a real source of inspiration. « 

Astrid Jourdain, the dreamlike breath.

Drawing it is like a return to the roots, magic roots with Astrid Jourdain, where creatures appear from age-old tales whispering in our inside, resound as a shaman drum in our child’s eyes so happy to see.

 » My drawings are often translated by rather simple forms, blacks and whites lines and sometimes flat planes of colors … I like to study plants or animals hairs and to try to represent them by lines. It is as a dreamlike universe, I began my apprenticeship with the illustration of books for children, and that left some tracks! Lines to make the grass, many motives, we are not at all in the search for realism. If the reality inspires me a lot, it is especially to go to visit somewhere else. But my approach evolves, I use little by little more and more colors, shades, suspicion of perspectives, but still staying in a fantasized universe. « 

And your experience with Ginkgo?

 » I had a workshop, but I don’t have it any more, I belong from now on to Aubervilliers. I was very sad to leave, it’s a peaceful place, filled with beauty. I had a workshop at heights, at the top of the tower overhanging this garden if inspiring and pleasant. With ten workshops people are very diversified, I was very close to Alfred, Alisson who has left, Noon and Paola, it is a real opportunity to have people so talented around one, that tempts to grow farther in the creation. »

We can moreover find a certain kinship with the universes of Noon, in the treatment and this graphic strength which so quietly rocks!

 » That flatters me, I like very much what makes Noon, even I don’t know which is his process of creation, but for me it’s often for calming my fears and to channel them. It is like a meditation and also a kind of escape to a dreamed world where there are very few human beings. In fact I began to draw when I studied in Paris, many buildings, no trees, I needed to draw nature and it lives on. »

Any exhibitions to come?
 » I have one exhibition in Sologne, in a bookshop, from October till December. And I shall also prepare the days of my open house day of my workshop.  »
To see it / to know more about it:
Https: // astridjo.com

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